Quand la Finance prépare sa révolution industrielle

27/09/10

Un soir de la semaine, je rentre tard, j’allume la télévision par hasard sur la chaine parlementaire et j’assiste à 50 minutes d’un échange mémorable. Deux parlementaires et deux économistes (dont Christian de Boissieu) débattent sous l’animation d’un journaliste de la reprise de contrôle de la politique sur la finance. C’est un débat désormais courant que tout le monde porte, des antichambres du G20 aux manifestants contre la réforme des retraites. J’ai comme tout le monde un avis de citoyen sur ces sujets, mais j’expose ici un point de vue professionnel, parce que ce même thème pèse lourdement sur la gouvernance de nos entreprises.

Dans l’échange, transparait l’angoisse du risque systémique et de sa non maitrise par les états endettés à la limite de leur souveraineté (lire, si vous avez le moral, ‘tous ruinés dans 10 ans’ le dernier ouvrage de Jacques Attali). J’écoute le vocabulaire utilisé de mon oreille d’ingénieur et je me dis qu’il ne manque qu’un Directeur Industriel autour de la table. On découvre que la finance fabrique des produits, que ces produits peuvent être toxiques, qu’il est a minima nécessaire d’en tracer le cycle de vie, voir d’en interdire certains (comme la spéculation sur la faillite des états !). On va jusqu’à parler de label qualité, selon que ces produits soient fondés sur des assets de l’économie réelle…. On réinvente le Poulet de Loué, le médicament qui soigne, le jouet qui n’est pas dangereux pour nos enfants, et soudainement mon état d’inquiétude initiale bascule progressivement vers l’optimisme forcené.

Certes reprendre politiquement le contrôle des banques n’est pas facile, mais que personne ne crie à l’antilibéralisme d’une telle démarche. Est-ce anti libéral que la compétition entre laboratoires pharmaceutiques se fasse dans le cadre des Autorisations de Mise sur le Marché ? Est-ce anti libéral que la concurrence entre manufacturiers se fasse toujours dans le cadre d’une règlementation qui préserve d’abord les intérêts de l’humanité ?

Oui il faut règlementer la fabrication et l’utilisation des produits financiers, oui les tutelles vont immanquablement peser sur l’utilisation des fonds propres  des banques et des assurances.  La résistance existera, mais le mouvement est inéluctable.  Résister oui, mais s’y préparer certainement. La meilleure anticipation : la mise en place d’un dispositif de documentation des règles d’élaboration des produits de traçabilité de leur cycle de vie, associé à un dispositif de contrôle interne légitime et évolutif (on ne plaisante pas avec les essais cliniques ou les simulations à la fatigue d’une aile d’avion).

Il est urgent de rattraper le retard de ce secteur d’activité, et je rêve que cet Aparté puisse y contribuer.