Bon appétit !

08/07/09

Le 24 juin 2009 conférence annuelle de l’AMRAE (Association pour le Management des Risques et des Assurances de l’Entreprise) . Quel plaisir de participer à un tel événement. La liste des participants comme le Curriculum Vitae des intervenants, promet un échange de haut niveau, et certainement la mise en lumière de bonnes pratiques dans les domaines de la gestion des risques, thème central de cette journée d’échange.

Le ton est donné dès l’ouverture par l’intervention (improvisée) de Joël Hervé Lorenzi, économiste autorisé au plus haut niveau. J’entends des phrases que je note à la volée et qui me stupéfient. Après avoir rapidement rappelé que tous les économistes avaient prévu la crise économique mondiale, et savent que les théories mathématiques de prévision des risques financiers sont fausses, on passe à la leçon de morale de ceux qui ont sacrifié la leur sur l’Autel du rendement spéculatif de ces 20 dernières années.
Je note : « les systèmes économiques ne fonctionnent que si les hommes et les femmes qui les dirigent en sont responsables », « Si le monde ne redevient pas moral, il retombera dans les mêmes difficultés », « Il faut revenir à une vision plus messianique du capitalisme ».
Il serait probablement discourtois de douter de la sincérité de ces propos, mais je mets toutefois un chapeau de coté, au cas où le monde redeviendrait ce qu’il était et que quelques économistes politiquement corrects aient de nouveau l’obligation d’en avaler un ou deux publiquement avec bon appétit. En tout cas, celui de Jim Cramer est sans doute intact sur son porte manteau depuis aout 2007, date de son intervention.

Après cette mise en bouche, j’écoute avec plaisir les professionnels qui se succèdent sur l’estrade. L’impression dominante est résumée dans une synthèse donnée par un Partner d’un big four « la gestion des risques permet de protéger le modèle économique de l’Entreprise », et finalement l’économie tout court.
Je pars avec la confirmation que pour les commissaires aux comptes, les assureurs et les représentants des administrateurs, la gestion des risques n’est vue qu’au travers de son impact sur le bilan et de la responsabilité des administrateurs. C’est certainement une contrepartie essentielle, mais ce n’est pas la seule. Il manquait de l’espace à ceux qui font de la gestion des risques un outil de gouvernance des opérations, de conquête de parts de marché, de satisfaction client, ceux qui pensent que l’excellence de l’exécution des opérations pourrait devenir, en anticipation des prévisions des économistes, le principal levier de création de valeur à moyen terme pour l’entreprise, ses clients et de ses actionnaires.

 

C’est définitivement l’une de mes convictions qui guide et guidera l’essentiel de nos Apartés.

Développement durable… des idées

05/06/09

Je partageais récemment un charmant diner avec des professionnels du conseil, quand notre conversation nous a conduits à évoquer nos points de vue respectifs sur les thèmes généraux de gouvernance d’entreprise. Après avoir évoqué l’accélération de l’évolution des économies mondiales, nous tentions d’en déduire collectivement la nécessité d’une entreprise agile, flexible autant que malléable, tant en termes de business model que de méthode de gouvernance.  C’est finalement un sujet assez banal qui remplit les colonnes de nombreux magazines.

Pourtant à chaque fois que je m’investis dans cette réflexion, je ne peux m’empêcher de penser que l’agilité dont on parle se gagne au détriment de la capitalisation des assets opérationnels,  des investissements, d’une partie des savoir-faire, et finalement en totale opposition avec tout principe de développement durable. Cette quête de diminution des valeurs d’exploitation des grandes organisations conduit presque toujours à la perte de tout ce qui contribue à la création de valeur dans le temps. Lorsque l’on regarde,  en particulier en cette période de crise, le comportement de l’économie britannique qui a renoncé à son appareil industriel au profit de l’agilité de son économie de services, on se demande par exemple, si ce modèle a la moindre chance de stabilité.

Et si finalement, à contre courant d’une mode éditoriale, on s’accordait à dire que l’économie certes évolue, mais d’abord beaucoup moins vite que la spéculation qui l’accompagne, et en tout état de cause avec beaucoup moins de ruptures et de changements de paradigmes que l’on imagine ; en particulier si l’on considère la chaîne de valeur ajoutée dans sa totalité. Alors, sans renoncer à l’idée de la modernisation, mais certainement à celle de la spéculation, plutôt que de chercher a priori à se débarrasser de ce qui alourdit le bilan, pourquoi ne pas se demander d’abord ce que l’on pourrait faire de nouveau avec ce qui fut certainement un jour un savoir-faire, un procédé ou une machine créatrice de valeur. Une nouvelle fois, je suis convaincu que c’est l’excellence du fonctionnement de « l’usine » au service de la pertinence de l’offre qu’elle produit, qui contribuera principalement au développement durable de valeur. C’est un Aparté sur lequel je ne manquerai pas de revenir.