L’Europe, un projet d’Architecture Système ?

21/08/12

44013673_9808484Trois semaines de congés. Voilà enfin les quelques heures qui me manquaient pour venir à bout du ‘pavé’ de Catherine Nay : l’impétueux, que mon aller-retour récent à Washington ne m’avait pas permis d’achever. Je le lis comme une longue chronique qui décrit en séquence les faits marquants du quinquennat de Nicolas Sarkozy depuis la conquête du pouvoir jusqu’au printemps dernier.

Le propos de ce billet ne consiste évidemment pas à partager avec vous une opinion politique. Si je fais référence à cet ouvrage, c’est que je suis frappé par l’importante complexité du système économique mondial décrit, et en particulier de son sous-système Européen, en regard de l’extrême faiblesse de celui de sa gouvernance. L’absence même de gouvernement Européen et de constitution proposant un ensemble cohérent et réaliste de règles, relègue la gouvernance politique de l’Europe à un strict problème de personnes, pire de personnalité et de volonté (bonne ou mauvaise) de quelques protagonistes clés. Celui qui succéda à Nicolas Sarkozy à la présidence tournante du conseil Européen, n’est autre que Vaclav Klaus, le président de la République Tchèque, officiellement le plus anti-européen de l’union…

En découvrant les détails des moments les plus critiques en Europe de la crise financière et de celle de la dette, j’avais encore en tête la dernière réunion plénière de l’association CESAMES dédiée à la fiabilité et la gestion des risques des systèmes complexes. A cette occasion, quelques catastrophes, dont celle de Tchernobyl, sont analysées et Antoine Rauzy, brillant spécialiste, rappelle la valeur des modèles d’architecture au service de la gouvernance et de l’analyse de la fiabilité des systèmes. Alors, en constatant que l’Europe serait censée se construire d’elle-même, sans réel architecte et par juxtaposition de principes souvent électoralistes de subsidiarité, je suis devenu presque inquiet. J’ai sauté sur le bouquin d’Alain Minc : un petit coin de paradis, qui benchmarke tous les indicateurs clés de l’Europe vis-à-vis des Etats-Unis d’Amérique. Ouf ! L’Europe serait la plus performante des places économiques dans toutes les catégories du jeu… à condition qu’elle soit gouvernée en tant que telle, en particulier sur ses grands enjeux Sociétaux.

Je me demande donc, si quelques sciences ‘dures’, et en particulier la capacité d’analyse systémique, ne vont pas devoir s’afficher d’avantage dans le discours politique de nos dirigeants et de leurs conseils. J’y vois l’espoir que les promesses d’aujourd’hui aient une chance de réalisation durable dans l’avenir. Lors de l’échange avec Antoine Rauzy, le juste équilibre entre les sciences humaines avec celles de l’ingénieur pour la modélisation de la fiabilité des systèmes faisait évidemment parti du débat. L’avenir de l’Europe pourrait-il dépendre de la mise en place d’un véritable cabinet d’Architecture ? Voilà en tout cas une question en aparté qui laisse entrevoir toute la valeur de nos pratiques et des méthodologies associées.