« La méthode Google » ou « que ferait Google à votre place ? » de Jeff Jarvis. On m’avait recommandé la lecture de cet ouvrage. C’est les vacances, je l’ai donc mis dans ma liste et je l’ai lu. Il faudrait sans doute plus d’un billet pour commenter l’ensemble des messages contenus dans ce livre qui fait de la méthode Google le fondement d’un nouvel ordre économique mondial programmé.
D’abord, il n’est pas question de contester l’impact majeur du libre accès à l’information sur l’ensemble des secteurs économiques qui avaient fait jusqu’alors de la rareté et de l’opacité, leur principal levier de création de revenus. De manière assez pertinente, Jeff illustre cette brutale transformation de l’économie de l’immatériel avec le monde des médias qu’il connait bien, puisqu’il est journaliste. Grace à la technologie, il fait de chacun d’entre nous un auteur, un faiseur d’opinion et au minimum un contributeur influent. Il extrapole ce modèle et, soudainement, chaque client potentiel devient concepteur du produit qu’il pourrait acheter, a des idées sur la manière de le produire, d’en faire le marketing, de le commercialiser. Au terme de son raisonnement, il met une potentielle rumeur d’Orléans au bout du clavier de chaque internaute ou groupe d’internautes. J’avoue que l’idée selon laquelle, la pensée collective élaborée par partage de libres informations serait plus sage que la contradiction démocratique des ‘experts’ ne m’a pas convaincu. Sans faire l’apologie des élites et encore moins des autocrates, le collaboratif auquel je crois, discrimine nécessairement la légitimité ou le talent des personnes contributives.
Mais au bout du compte ce qui m’a le plus interpelé vis-à-vis des convictions qui m’animent, c’est le modèle économique sous-jacent de cette virtualisation appliquée (presque) sans limite à l’ensemble des secteurs économiques. La valorisation financière (celle de Google est simplement incroyable) est principalement fondée sur le volume d’informations et de liens vers d’autres sources, détenus par la compagnie. Ces nouveaux fondamentaux de cette économie de l’immatériel sont aussi spéculatifs que leur conversion en valorisation financière puisque la gratuité de leur mise à disposition est une règle majeure. La source de revenu de ce nouvel ordre mondial est quasiment exclusivement … la publicité. Mais la publicité pour quoi ? Pour l’ensemble des biens et des services fournis par l’économie réelle… Celle que l’on avait presque oubliée pendant 360 pages, celle qui fournit des biens d’équipement et des biens de consommation à l’humanité qui les achète.
Me voilà donc in fine rassuré sur l’importance de l’optimisation de cette économie réelle, où le génie et le savoir des hommes et des femmes est nécessaire à la complexité de la transformation de la matière. Encore faudra-t-il que la promesse de l’autre monde, qui confisque tous les investissements et les talents de cette planète nous en laisse les moyens, sinon c’est finalement Google qui le fera.



Bonjour François,
J’ai toujours un grand plaisir à lire vos billets (un peu en retard sur celui-ci).
1/ Si je partage totalement la “philosophie” de votre billet, je reste cependant interpellé par le fait que vous ne semblez pas prendre en compte l’économie immatérielle, disons “des connaissances”, qui fait pleinement partie de l’économie réelle, qui est génératrice en elle-même de valeur et qui ne correspond qu’à une dématérialisation de ce qui fût jadis uniquement matériel (musique, livres, vidéos, etc). Ainsi, lorsque vous parler de “complexité de la transformation de la matière”, il me semble que vous gardez uniquement le côté très matériel de la matière, alors même que, pour le meilleur ou pour le pire, notre société dématérialise un nombre croissant d’actifs.
De fait, la distinction que vous faites entre l’économie réelle (la “vraie”), et une économie plus immatérielle, servant uniquement à gérer l’information de et la publicité pour l’économie réelle, ne me paraît pas pertinente (ou au moins, fort contestable).
2/ Sur un autre sujet : vous dites “le collaboratif auquel je crois, discrimine nécessairement la légitimité ou le talent des personnes contributives”. Certes, comment ne pas être tenté ! Il me semble cependant que votre affirmation condamne les pratiques de crowd* (comme le crowdsourcing, etc) un peu trop rapidement. La puissance de la “foule” est parfois saisissante pour beaucoup de tâches ou de problèmes plus complexes, en particulier grâce au formidable outil qu’est Internet. Cela ne signifie pas que les experts n’ont plus leur mot à dire : on peut justement imaginer, sur les sujets qui l’exigent, combiner les contributions de plusieurs experts par le biais de démarches appelées “expert sourcing”. Etc. Le point étant que l’échange d’information et le côté participatif permis par le Web sont enrichissants pour la plupart des problèmes (un autre problème étant qu’ils sollicitent beaucoup de gens en parallèle sur une même tâche, bien souvent, ce qui est d’un point de vue économie d’une sous-optimalité regrettable…)
A bientôt.